01 · LA GUILDE
Sélène
Elfe · Archiviste des ombres
Attentive, patiente, discrètement malicieuse.
Le carnet sans couverture
Sélène a longtemps recopié les exploits des autres. Dans les archives où elle travaillait, une victoire occupait trois volumes ; la vie d’un passeur, d’une couturière ou d’un enfant n’avait souvent droit à aucune ligne.
Un soir, une vieille voyageuse lui confia un carnet sans couverture. Il ne contenait ni dates ni noms, seulement des détails : une chanson fredonnée de travers, une peur de l’orage, une façon particulière de partager le pain. Sélène reconnut peu à peu plusieurs personnes qu’elle croyait connaître. Elle découvrit surtout combien elle les avait mal regardées.
Elle quitta les grandes archives avec ce carnet et s’installa à la guilde d’Ossdarine. Ici, elle accompagne ceux qui souhaitent se raconter et apprend à composer les indices des ombres inconnues. Elle préfère toujours une question bien choisie à une réponse arrachée. Lorsqu’un récit est discuté, elle fait une place aux regards des autres habitants.
Gaspard lui apporte parfois des anecdotes entendues à l’auberge. Elle lui renvoie celles qui appartiennent à quelqu’un qui n’a rien demandé. Sur son bureau, le vieux carnet reste ouvert ; la dernière page est encore blanche.
« Un nom se devine. Une personne se découvre. »
La rencontrer : à la guilde, autour des carnets et des ombres inconnues.
02 · LA FORGE
Borin
Salamandre · Forgeron d’armures
Bourru, minutieux, plus tendre qu’il ne l’admet.
La première chose qu’il répara
Borin rêvait de forger une arme dont on retiendrait le nom. Dans l’atelier des montagnes où il avait appris son métier, on jugeait un artisan à l’éclat de ses lames et à l’importance de ceux qui les portaient.
Il arriva à Ossdarine avec quelques outils et un croquis d’épée soigneusement roulé. Ce jour-là, pourtant, personne n’avait besoin d’une arme légendaire. Une charrette bloquait le chemin avec son essieu cassé. La porte de l’auberge ne fermait plus. Une voyageuse attendait qu’on redresse la boucle de sa botte pour pouvoir repartir.
Borin annonça qu’il resterait une nuit. Il répara l’essieu, puis la porte, puis la boucle. Au matin, Mina avait apporté d’autres pièces à travailler et Gaspard lui avait gardé une assiette. Il repoussa son départ. Les jours suivants aussi.
Sa forge façonne aujourd’hui l’équipement des aventuriers. Avant de remettre une pièce, il en vérifie les attaches aussi attentivement que le tranchant. Le croquis d’épée est toujours accroché près de l’établi, mais la première charnière qu’il fabriqua au village occupe la place d’honneur.
« Une bonne pièce, c’est celle qui te ramène entier. »
Le rencontrer : à la forge, pour préparer armes et protections.
Ce qu’une charrette peut porter
Mina a appris à compter avant d’apprendre à écrire son nom. Enfant, elle parcourait les chemins avec une petite caravane marchande. Elle connaissait le poids d’un sac de farine, le prix d’une mauvaise roue et le sourire de quelqu’un qui venait de trouver ce qu’il cherchait.
Lorsqu’elle put enfin acheter sa propre charrette, elle voulut vendre les objets les plus rares du pays. Sa première tournée fut un désastre : partout, on admirait sa marchandise sans pouvoir se l’offrir. À Ossdarine, pendant qu’elle vantait une coupe ouvragée, trois personnes lui demandèrent de la ficelle.
Elle revint la semaine suivante avec des choses utiles. Puis elle revint encore. Borin lui apprit à distinguer le métal récupérable de la ferraille ; elle lui apprit à annoncer son prix avant d’avoir passé la journée à travailler. Leur désaccord sur la valeur d’un vieux chaudron fait encore rire le marché.
Mina s’est installée, mais sa charrette reste prête à partir. Elle achète, trie, négocie et revend sans cacher sa marge. Son foulard corail pend chaque matin au même coin de l’étal : on le voit de loin, même les jours où les paniers débordent.
« Ce qui t’encombre attend peut-être quelqu’un. »
La rencontrer : au marché, pour acheter et vendre les trouvailles ordinaires.
04 · LA BOUTIQUE
Nélis
Peuple champignon · Boutiquière
Créative, appliquée, audacieuse dans ses couleurs.
Le droit d’être remarquable
Dans le sous-bois où Nélis a grandi, on appréciait les teintes discrètes. Les étoffes se confondaient avec la mousse et les capes avec l’écorce. Nélis, elle, passait des après-midi entiers à chercher le violet d’une baie ou le turquoise aperçu sur l’aile d’un insecte.
Sa première création fut une écharpe beaucoup trop longue. On lui demanda à quoi elle pouvait bien servir. Elle répondit qu’elle était belle, puis partit trouver quelqu’un à qui cette réponse suffirait.
À l’auberge d’Ossdarine, Gaspard lui proposa d’accrocher ses ouvrages entre deux poutres. Les voyageurs s’arrêtaient, essayaient une couleur, riaient de leur reflet dans une vitre. Certains, jusque-là silencieux, commençaient à parler. Nélis comprit qu’un vêtement pouvait être une première façon de se présenter.
Elle ouvrit sa boutique et prit l’habitude de travailler avec Mina pour dénicher des tissus singuliers. Elle aime les apparences qui racontent quelque chose, jamais celles qui prétendent rendre leur propriétaire plus puissant. L’écharpe de ses débuts est toujours là, roulée derrière le comptoir. Gaspard soutient qu’elle pourrait faire le tour de son auberge.
« On peut aimer la forêt sans porter toutes ses couleurs en silence. »
La rencontrer : à la boutique, dédiée aux cosmétiques et aux passes, sans puissance de combat à vendre.
Une chaise de plus
Gaspard fut longtemps le musicien d’une troupe itinérante. Il aimait les départs, les refrains repris de travers et les grandes tablées de fin de spectacle. Ce qu’il supportait mal, c’était le matin suivant : chacun reprenait sa route, parfois sans avoir appris le nom de son voisin.
Une pluie persistante retint un jour la troupe à Ossdarine. Pour payer leur séjour, Gaspard aida à servir les repas. Il rapprocha deux tables, présenta une voyageuse à des marcheurs qui partaient dans la même direction et improvisa un dîner avec ce qui restait. Trois jours plus tard, personne ne mangeait seul.
Quand le ciel s’éclaircit, il laissa sa place dans la roulotte à un jeune musicien et resta. Il finit par tenir l’auberge, fit réparer la porte par Borin et réserva à Alya un coin tranquille pour ses soins. Nélis y exposa ses premières créations.
Gaspard se souvient mieux des compagnons de voyage que des commandes. Il aide les aventuriers à se retrouver et à former leurs groupes. Le soir, il garde toujours une chaise supplémentaire près de la grande table. Il assure que c’est plus pratique que d’aller la chercher.
« Assieds-toi. Pour les présentations, on a tout le repas. »
Le rencontrer : à l’auberge, pour réunir ses compagnons d’aventure.
La pièce qui ne se dépense pas
Gribsin sait compter une bourse au son qu’elle fait sur le comptoir. C’est du moins ce qu’il affirme. En réalité, il recompte toujours : une fois pour le montant, une seconde parce qu’il déteste qu’on lui rappelle une erreur.
Il tenait autrefois les comptes d’une compagnie marchande. Un jour, on lui demanda de faire disparaître du registre l’avance d’un employé absent. « Une petite somme », lui dit-on. Gribsin recopia la ligne, emporta son propre registre et partit avant qu’on lui demande une deuxième fois.
Sur la route, sa bourse fut perdue dans un gué. Une inconnue lui donna de quoi manger et lui laissa une petite pièce de cuivre. Elle ne voulut ni signature ni reconnaissance de dette. Cette absence de formalités le troubla plus longtemps que la perte de son argent.
À Ossdarine, il trouva un lieu où recommencer. Il tient la banque avec une précision que Mina aime mettre à l’épreuve, protège l’or confié par les aventuriers et détaille ses offres sans précipiter personne. Il fait parfois sauter une pièce entre ses doigts. Celle de cuivre reste dans une poche cousue à l’intérieur de son gilet bleu.
« Je compte les pièces. Je n’oublie pas à qui elles appartiennent. »
Le rencontrer : à la banque, pour le coffre d’or et les offres de monnaie premium.
La leçon du demi-tour
À sa première expédition, Maëra connaissait tous les mouvements de son manuel. Elle savait où placer ses pieds, comment tenir sa lame et quelle réponse donner à chaque attaque décrite. Elle était certaine que la forêt lui laisserait le temps de reconnaître les leçons.
La pluie effaça la piste. Un compagnon se blessa. Le groupe continua pourtant, parce que personne ne voulait être le premier à proposer de rentrer. Maëra finit par fermer son carnet et faire demi-tour. Ils regagnèrent le village épuisés, sans avoir atteint leur destination.
Elle mit du temps à raconter cette sortie sans la qualifier d’échec. Alya, en soignant les voyageurs, lui posa une seule question : combien étaient partis, et combien étaient revenus ? Maëra n’oublia jamais la simplicité de la réponse.
Elle enseigne désormais à l’académie d’Ossdarine. Elle étudie les charmes, prépare les aventuriers et leur apprend surtout à observer avant d’agir. Borin lui confie parfois l’essai d’une nouvelle pièce ; elle lui rapporte davantage de remarques sur son confort que sur son allure. Dans son ancien manuel, les marges sont devenues plus remplies que les pages.
« Revenir te permettra d’apprendre ce que tu ignores encore. »
La rencontrer : à l’académie, pour les charmes et les conseils de combat.
08 · L’ESPACE DE SOINS
Alya
Esprit-renard · Guérisseuse
Douce, espiègle, ferme lorsqu’il faut se reposer.
De l’autre côté du seuil
Pendant longtemps, Alya observa le village depuis la lisière. Elle connaissait la fumée des cuisines et l’heure à laquelle les derniers voyageurs accéléraient le pas. Elle laissait parfois des herbes près des chemins, là où quelqu’un pourrait les trouver, puis disparaissait entre les arbres.
Un soir, elle suivit un jeune marcheur qui s’obstinait à cacher une cheville blessée. À l’entrée de l’auberge, Gaspard remarqua surtout qu’ils étaient deux sous la pluie. Il ouvrit la porte et apporta deux bols, sans demander à l’esprit-renard de justifier sa présence.
Alya resta le temps de préparer un soin. Le lendemain, quelqu’un vint lui demander conseil ; le surlendemain, on lui avait dégagé un espace au calme. Elle continua de parcourir le sous-bois, mais prit l’habitude de revenir. La robe verte qu’elle porte aujourd’hui fut ajustée par Nélis, après plusieurs discussions sur la place nécessaire pour sa queue.
Elle accueille les aventuriers blessés sans demander d’or. Elle reconnaît les pas pressés de Maëra, les prétextes de Borin pour éviter le repos et ceux qui prétendent aller bien. Près de sa fenêtre, elle fait sécher des herbes et garde toujours un bol propre.
« Tu me raconteras après. Pour l’instant, pose ton sac. »
La rencontrer : à l’auberge, dans l’espace de soins gratuits.